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Le géographe Jean Brunhes, directeur scientifique des Archives de la planète depuis 1912, considère que « la photographie est devenue (...) une véritable méthodologie de l'enseignement » (J. Brunhes, 1900), aussi ses cours de géographie humaine au Collège de France sont-ils toujours illustrés de projections lumineuses.

Entre décembre 1914 et mai 1915, il effectue un reportage photographique en quatre étapes sur les traces laissées par la bataille de la Marne, la bataille de l'Aisne et la « course à la mer ». Deux opérateurs des Archives de la Planète l’accompagnent et réalisent 1000 autochromes, qui sont utilisées par le professeur dans le cadre de ses cours pendant toute la durée de la guerre.

Les propos tenus par Jean Brunhes à l'appui de ces images nous sont connus, grâce à la transcription du contenu de ses cours.

En 1915 et 1916, les autochromes servent une série de leçons de « géographie de la guerre », où le déroulement du conflit est analysé dans sa relation avec la géographie physique et la géographie des voies de circulation.

« Ce que je voudrais vous dire en quelques mots, ce sont les réalités géographiques qui me paraissent se dégager de cette prise de contact, dans une heure de crise, avec la terre. Ces réalités géographiques, ce sont surtout les routes, les rivières, les forteresses naturelles » (cours au Collège de France du 1er février 1915).

« Le canal de la Marne au Rhin et le chemin de fer de Paris à Nancy dans la coupure de l’Ornain sur la route », Faims, Meuse, 28 décembre 1914.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4834.
« Vue prise du pont Notre-Dame vers l’aval », Bar-le-Duc, Meuse, janvier 1915.
Autochrome d’Auguste Léon ou Georges Chevalier, inv. A 4878.
« Rivière près de Monthyon », Seine-et-Marne, 24 février 1915.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4936.

« Il n’y a plus de batailles de villes pour ainsi dire, mais des batailles de fleuves, de rivières ; nous comprenons très bien ce qu’on entend par bataille de la Marne, bataille de l’Ourcq, bataille de l’Aisne, bataille des trois fronts, l’Aisne, la Meuse, la Somme. » (cours au Collège de France du 1er février 1915)

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« Le pont que l’on a fait sauter, et sur lequel s’est engagé le train de blessés qui a été jeté dans la rivière », Mary-sur-Marne, Seine-et-Marne, 27 décembre 1914.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4782.

 

« Encastré dans le sol, agrippé au sol », le front « demeurera un des plus grands faits d'ordre politique et géographique qui aient jamais existé » (cours au Collège de France du 6 décembre 1915)

« Tranchées avec petits sacs, près de Vaudherland », Val d’Oise, 25 décembre 1914.
Autochrome d’Auguste Léon, inv. A 4762.
« Entre Meaux et Vareddes, à la côte 127, emplacement des batteries allemandes qui tiraient sur la cathédrale de Meaux », Seine-et-Marne, 27 décembre 1914.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4769.
« Tranchée et la couche de glace recouverte de neige », près de Laimont, Meuse, 30 janvier 1915.
Autochrome d’Auguste Léon, inv. A 4803.
« Anciennes tranchées devant Vassincourt », Meuse, 21 janvier 1915.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4805.
« Un trou d’obus », Léomont, Meurthe-et-Moselle, 30 août 1915.
Autochrome d’Auguste Léon, inv. A 5438.

Ce point de vue scientifique explique la forte proportion, au sein de la série d’autochromes réalisées sous la direction de Jean Brunhes, d’images consacrées à la géographie physique, aux infrastructures et aux axes de communication.

En 1917 et 1918, Jean Brunhes réoriente son cours en direction de la géographie politique. Concerné par les « grands problèmes qui se posent aujourd'hui (...) à propos de la guerre et comme suite à la guerre », il s’exprime sur les notions de nationalité, d'état, de frontière, de capitale, sur l'opportunité de la création d'une société des nations ou encore sur la légitimité du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ces questions, qui reflètent les grands enjeux internationaux de l’après-guerre, restent des sujets récurrents dans les cours de Brunhes et dans les Archives de la planète jusqu’à la fin des années vingt.